Source : http://www.sengifted.org/archives/articles/gifted-and-learning-disabled-a-neuropsychologist%E2%80%99s-perspective

Traduction

 

 

Surdoués et difficultés d’apprentissage : la perspective d’un neuropsychologue.

 

Nadia Webb et Antara Dietrich

 

 

Un neuropsychologue n’est pas le premier professionnel qu’une famille consulte. Je passe toujours du temps à corriger les gens qui me demandent si je suis « nurse-psychologue ». Un neuropsychologue travaille sur les problèmes de comportement qui dépendent de la neurologie comme l’inattention, la mémoire, l’organisation, le jugement, la régulation des émotions, etc. Les désordres de la cognition et de l’émotion sont intimement liés à la neurobiologie. Parfois les problèmes apparaissent suite à une maladie ou une blessure ; parfois ils sont l’expression d’une vulnérabilité génétique. Les surdoués ne sont pas à l’abri, bien qu’ils puissent présenter un tableau plus compliqué.

 

 

L’esprit et le cerveau sont inséparables dans la maladie comme dans la santé. Le système nerveux répond et s’adapte aux demandes que nous lui imposons. Chaque technique que nous apprenons et chaque souvenir que nous formons perdure à cause des changements qu’ils induisent dans notre cerveau ; ils sont stockés sous forme de trace électrique et chimique. Une approche complète de l’enfant doublement exceptionnel devrait inclure le contexte social de l’enfant (comme sa famille, son école et ses amis); elle inclura aussi la santé mentale et le bien-être neurologique.

 

 

Les neuropsychologues tendent à voir un plus grand nombre de problèmes, et la profession est moins perplexe à l’idée qu’une grande capacité peut aller de pair avec une incapacité. C’est de la routine, et il n’y a que très peu de neuropsychologues qui doutent de l’idée d’une double exceptionnalité. Nous voyons des médecins, des artistes, des juges et des professeurs qui ont souffert de petites attaques ou des blessures au cerveau lors d’accidents de voiture. Nous voyons le génie couplé aux déficits comme le propre de notre profession. Un enfant doué avec un déficit d’attention, une dyslexie ou un problème dans les processus auditifs en est une autre variante. Nous ne trouvons pas seulement plausible qu’un enfant puisse être deux fois exceptionnel, nous trouvons cela logique. Ce n’est pas une perspective répandue ; malgré plus de trente ans de documentation sur le fait que les enfants doués peuvent avoir des difficultés d’apprentissage ou d’autres atteintes neurologiques (Baum et Owen, 1988 ;Fox, Brody et Tobin, 1983 ;Whitmore, 1980). Une des plus grandes difficultés quand on travaille avec des enfants doublement exceptionnels c’est que le personnel d’aide scolaire fonctionne avec le modèle « une étiquette par client ». A cause de cette façon de penser, des enfants sont définis soit par leurs capacités, soit par leurs déficits, mais pas par les deux ensembles. Une fois qu’une étiquette a été collée sur un enfant, on ne cherche plus de réponses. L’enfant identifié comme doué ne reçoit que peu d’appui même si des difficultés d’apprentissage sont identifiées. L’enfant étiqueté « en difficulté d’apprentissage » reçoit des aides de type remédiation, mais rarement des stimulations ou des offres d’accélération. En fait, les enseignants abaissent en général le niveau d’exigence pour les enfants identifiés comme en difficulté d’apprentissage, même lorsqu’ils sont intellectuellement précoces (Richey & Ysseldyke, 1983).

 

 

Souvent l’enfant doublement exceptionnel n’est identifié comme aucun des deux parce qu’une performance vraiment médiocre pour un enfant brillant peut sembler dans la moyenne. Ils tendent à dériver en sous-performant de classe en classe, et en se fondant dans la masse. Leurs difficultés passent inaperçues et leur potentiel n’est pas développé. Ils ne reçoivent rien. De toute façon, comme ils s’en sortent, les ressources vont ailleurs. A la longue, leur progression scolaire est plus lente et les amène à un niveau bien inférieur à celui que leur potentiel leur permettrait d’atteindre.

 

 

Être doué peut vous permettre de compenser plus élégamment, mais ne vous protège pas des caprices neurologiques de la vie. Nous avons tendance à prendre à rebours la question des personnes doublement exceptionnelles, ce qui contribue à notre myopie collective. Au lieu de nous demander pourquoi les enfants doués devraient avoir des difficultés d’apprentissage, nous devrions nous demander « pourquoi n’en n’auraient-ils pas ? ». Être doué n’accorde aucune protection contre les vulnérabilités génétiques ou les accidents. Nous sommes tous susceptibles de porter de petites variations chromosomiques et des répétitions génétiques. Les capacités intellectuelles ne protègent pas du cancer, du diabète ou de l’exposition aux toxines, elles n’amortissent pas l’impact dans un accident de voiture. Les enfants doués ne sont protégés d’aucun désordre. Michael Pyryt (2005) suggère qu’il serait raisonnable de considérer que les enfants doués auront au moins la même incidence de ces désordres que tous les autres enfants, à moins que nous ne trouvions une bonne preuve du contraire.

 

 

Toute personne qui a vu un collègue brillant se remettre d’une petite attaque ou d’un choc a vu coexister grande intelligence et déficits. Newton a souffert d’un empoisonnement au mercure en 1677 et en 1692, comme conséquence de ses expériences scientifiques. Des collègues et des amis ont noté un déclin cognitif progressif et un mode de pensée psychotique après chaque épisode – avec une récupération seulement partielle (Klawans, 1990). Or seule la recherche de Newton sur les optiques précède sa première exposition au poison. Bien que diminué, il parvint à calculer le mouvement des planètes, établir un fondement à la médecine et la compréhension de la gravité, et indépendamment en tirer les calculs. Newton lui-même observait que sa « consistance d’esprit antérieure » lui faisait défaut.

 

 

Nous ne sommes pas très à l’aise avec l’idée que notre psyché réside dans un organe interne. Ce que nous voyons est mis en forme par ce que nous savons, et nous sommes totalement aveugles aux incapacités qui ne concordent pas avec nos idées préconçues. La plupart d’entre nous a une perspective étroite dans le rayon des « fautes » neurologiques de câblage. Par exemple, peu d’entre nous savent que certaines incapacités d’apprentissage et certains désordres psychiatriques peuvent être acquis. Apprendre à propos des doublement exceptionnels est souvent désapprendre nos suppositions. Un esprit doué est logé dans une structure délicate qui a la consistance d’une gelée. Les longs câbles qui connectent nos neurones ont la texture de spaghetti cuits. Un accident de voiture à 10 km/heure peut envoyer cette masse molle donner de la bande autour du crâne . Ces filaments ressemblant à des spaghetti sont tirés, tordus et compressés – et beaucoup sont endommagés dans l’affaire. Le cerveau gélatineux glisse et pivote sur les fines crêtes qui rayent l’intérieur du crâne, se meurtrissant souvent contre sa dure surface dans ces ricochets.

 

 

En tant que neuropsychologue, je sais que j’ai parfois un coup d’avance en tant que « gardien de but ». Nous pouvons protéger nos enfants doués en exigeant les casques pour le sport et en leur apprenant que la ceinture de sécurité n’est pas optionnelle. Nous pouvons aussi admettre qu’une fièvre élevée, l’anoxie de l’asthme, de légères blessures à la tête, des coupures, etc. peuvent avoir des conséquences étonnamment significatives. Le cerveau peut avoir des compétences situées avec précision aussi bien que d’autres systèmes complexes. Récemment, des chercheurs ont trouvé des neurones dans l’aire visuelle du cortex qui ne s’allumaient qu’avec des images de Jennifer Anniston (Quiroga, Reddy, Kreiman, Koch & Fried, 2005). Bien que la perte d’un neurone dédié à Jennifer Anniston puisse ne pas être une complète tragédie, l’idée que certaines de nos capacités tiennent à un fil si fragile est à bon droit inquiétante.

 

 

Il n’est pas des plus facile d’identifier des incapacités d’apprentissage et d’autres problèmes à base neurologique quand ils arrivent avec une variété d’étranges permutations. Quand quelqu’un dit qu’il souffre de dyslexie, la réponse correcte devrait être « laquelle ? ». Il y a neuf sous-types de dyslexie identifiés, et aussi cinq sortes de problèmes d’attention identifiés, et chacun répond mieux à une intervention différente. Ces sous-types ont été identifiés dans une population normale, par et pour laquelle les tests ont été développés. Les enfants doués peuvent être bien plus compliqués à identifier parce que leurs stratégies d’adaptation peuvent aider ou gêner l’identification.

 

 

Nous sommes aveugles aux incapacités qui ne nous sont pas familières ou à celles que nous pensons comprendre. Les idées préconçues façonnent ce que nous observons. Par exemple, nous n’avons aucune difficulté à imaginer un enfant brillant avec un trouble du langage mais nous peinons à imaginer un enfant brillant avec un trouble de la lecture. Écouter implique entendre et mélanger des sons à l’intérieur des mots. Lire c’est percevoir correctement et séquencer des marques visuelles qui représentent des sons qui peuvent être mélangés à l’intérieur des mots. Lire est la tâche la plus compliquée.

 

 

Identifier le problème

 

Tout cela posé, le défi est de trouver comment initier une pratique, en comprenant la personne dans son entier. La plupart des enfants doublement exceptionnels répondraient bien à des ajustements mineurs et à une meilleure compréhension de leurs forces et faiblesses. Ironiquement, le processus d’évaluation lui-même peut parfois interférer avec la compréhension qu’on a d’un enfant, parce qu’il est généralement superficiel. Il est basé sur un temps limité, sur des ressources limitées, et sur un remboursement limité par les assurances plutôt que par ce qui est réellement requis et nécessaire pour établir le diagnostic.

 

 

 

Trouble avec déficit d’attention

 

Les troubles avec déficit d’attention sont l’icône typiques des problèmes de mauvaise identification et de mauvais diagnostic. Le trouble avec déficit d’attention et le trouble du déficit d’attention avec hyperactivité sont les problèmes les plus communément diagnostiqués chez les enfants. Il est rare qu’un enfant passe ma porte sans que quelqu’un lui ait attribué ce diagnostic. Le TDA est supposé être un « diagnostic d’exclusion », ce qui veut dire que médecins et psychologues sont supposés avoir réglé tout autre désordre ou problème qui pourrait perturber l’attention avant d’avoir posé ce diagnostic. Pourtant la plupart des enfants se retrouvent avec ce diagnostic après 15 minutes de rendez-vous chez le pédiatre et une évaluation sur une échelle de comportement. L’attention est aisément perturbée par un grand nombre d’autres problèmes de fond. C’est difficile d’être attentif pour un enfant quand il est déprimé, anxieux, fatigué, sous-stimulé, avec des difficultés d’apprentissage, avec des problèmes d’audition ou de vision, préoccupé par des problèmes à la maison, blessé à la tête, très amoureux, affamé, malade, ou n’importe quel autre perturbateur. Il n’y a qu’une seule et unique mention des enfants doués dans le Manuel Diagnostique et Statistique (DSM-IV TR) (NdT : Manuel de référence en psychiatrie pour la classification des maladies mentales aux Etats-Unis) qui est utilisé pour codifier et guider le processus de diagnostic. Le listing est sous la section TDA et mentionne spécifiquement le fait d’évaluer la situation d’inadéquation entre un enfant à haut potentiel et une classe sous-stimulante. Les enfants qui ont un problème d’attention dans un domaine ou avec un enseignant ont un problème d’inadéquation, pas un déficit en Ritaline.

 

 

Un diagnostic devrait aider à mettre en place les bonnes décisions de traitement et devrait être une part de la perspective totale d’un enfant. Souvent, à cause de la pensée « un patient une étiquette », l’enquête s’arrête dès qu’un enfant est identifié avec un problème. Toutefois, les enfants sont de complexes petites personnes. 40% des enfants correctement identifiés avec un TDA ont aussi des incapacités d’apprentissage. Davantage encore ont des problèmes de comportement, des attitudes d’opposition et des dépressions. Un diagnostic correct n’est pas une solution ou un traitement ; c’est un point de départ.

 

 

Comprendre les comportements

 

Ce sont les parents qui amènent les enfants à être évalués, pas les désordres. Les enfants doués, avec leur identité personnelle originale, tendent à ne se présenter en aucune manières selon la présentation classique de quoi que ce soit. Ce sont de petites personnes compliquées, dont se préoccupent généralement des parents attentifs, intelligents. Ces parents ont généralement parlé avec des enseignants, des amis, des pédiatres, et des connaissances longtemps avant de venir me voir. Pourtant la complexité des enfants doués démonte souvent les parents autant que les professionnels. Souvent le point de départ pour comprendre les difficultés d’un enfant commence un peu comme ceci :

 

 

« Nous avons été invités à participer à une rencontre parents-enseignants. L’enseignant de notre fils a dit que son compte-rendu de livre était terrifiant. Il a fait la moitié du nombre requis de pages. Ce qu’il a rendu était chaotique et désorganisé, et il ne semblait pas se soucier d’y mettre du soin. Le conseiller scolaire suggérait qu’il pourrait souffrir d’un TDA parce qu’il semblait justement ne pas se concentrer quand on lui demandait de faire des devoirs de classe. Il ne les fait pas, ou les fait mal, ou il invente ses propres devoirs et les fait à la place des vrais. L’amener à faire ses devoirs est une lutte. Pensez-vous qu’il a un TDA ? Ou n’est-il pas à sa place dans un programme général ? Est-ce qu’on lui demande trop ou a-t-il juste besoin d’un coup de pied au derrière ? »

 

 

Bien que cette remarque soit une déviation vers mes racines de thérapeute familiale, les parents ont tendance à venir vers moi avec des opinions divergentes. Généralement le père est celui qui pense que l’enfant a besoin d’être remotivé et la mère pense qu’il travaillerait mieux avec plus de soutien. Les deux parents sont généralement brillants et dévoués, ils ont lu un certain nombre de livres de conseils et parlé avec un certain nombre de professionnels avant de passer ma porte. Quand ils entrent, ils amènent des avis et des opinions opposés, et souvent un certain nombre de diagnostics possibles (formels et informels). Inévitablement quelqu’un pense que l’enfant a un TDA. Mais la quantité de problèmes qui pourraient expliquer les difficultés de leur enfant remplirait une liste de courses.

 

 

Santé émotionnelle

 

Comme pour la question des erreurs de diagnostic, il n’y a pas de statistiques précises sur le nombre d’enfants qui sont doués et porteurs d’un diagnostic psychologique, même si certains avocats des enfants doués (e.g., Boodoo, Bradley, Frontera, Pitts & Wright 1989 ; Coleman & Gallagher, 19925 ; Tallent-Runnel & Sigler, 1995) ont estimé qu’entre 4,5 % (Davis & Rimm, 1994) et 20 % (Minner, 1990) des élèves doués pourraient souffrir de problèmes de santé mentale. La dépression et l’anxiété peuvent dramatiquement impacter les performances cognitives aux tests de QI standardisés ; elles perturbent également la motivation, la concentration et la créativité. Chez les enfants, la dépression peut se présenter comme de l’irritabilité, qui lui aliène souvent ceux qui se soucient le plus de lui.

 

 

Langage

 

Les enfants peuvent avoir un grand nombre de désordres, incluant des problèmes de compréhension et d’usage du langage ou des problèmes avec l’expression écrite (l’enfant qui s’exprime bien et qui devient traîne-savate et langue-liée quand il doit écrire la même idée). Certains luttent pour lire, se battant pour saisir la relation entre le son et les symboles ou pour suivre et séquencer l’information dans une ligne de texte. 25 à 50% de ces enfants ont un parent dyslexique (DSM-IV TR). Un parent peut regarder sa fille lutter avec les mêmes problèmes qu’il avait à l’école, qui évoquent souvent des souvenirs douloureux et des ressentiments qui peuvent influencer les interactions avec les enseignants et les administrateurs. La plupart des enfants avec dyslexie ont également des problèmes de langage plus larges, qui peuvent ne pas être identifiés une fois que l’étiquette dyslexique leur a été apposée.

 

 

D’autres enfants ont des problèmes de « prosodie » : ils semblent avoir les mots mais pas la musique d’une conversation. Le ton de la voix et les nuances du langage corporel sont perdus pour eux. Imaginez être un ado qui rate tous les indices qu’il est temps de partir. Son ami regarde sa montre et dit « c’était super de parler avec toi ». Il se lève et marche vers la porte. Tout cela est opaque, jusqu’à ce que l’ami finalement s’exaspère et dise « tu dois vraiment y aller !». Cet enfant vit dans un monde où les autres semblent être maladroits, abrupts et mystérieux. Souvent ce genre de problème est associé avec des Désordres de Spectre Autistique ou des Difficultés d’apprentissage du Langage non verbal, mais pas toujours. La prosodie peut être un problème en soi.

 

 

Le traitement auditif

 

Les Déficits de Traitement Auditif Centraux (CAPD) sont devenus une affaire populaire dans la communauté des surdoués, mais peu de personnes en comprennent la définition ou comment ils se distinguent d’une perte d’audition. CAPD est un problème d’écoute qui n’est pas mesurable par les tests d’audition de l’école. La plupart d’entre nous nous rappelons nous être attroupé dans le bus scolaire avec les petits écouteurs noirs. Nous devions lever nos mains quand nous entendions le son. Mais le test n’incluait pas le fait d’attraper une conversation en luttant contre le bruit ambiant ou d’autres conversations, ou la suivre malgré l’accent très lourd d’un voisin. Les enfants avec CAPD peuvent sembler avoir des problèmes d’attention parce que finalement ils fatiguent et s’éteignent. Pour en parler par analogie, Rappelez-vous la dernière fois où vous avez assisté à une fête très très bruyante. Finalement, vous pouvez vous être retrouvés inclinant poliment la tête et faisant les « mmmmh » et « hum » appropriés, comme derrière une vitre. Les enfants qui ont des problèmes de traitement auditif ont exactement les mêmes difficultés au quotidien ; ils passent leurs journées à essayer de filtrer des conversations à volume normal que la plupart d’entre nous parvient à ignorer sans effort. Ces enfants s’essayent, vraiment, à aller à l’école comme à un cocktail. Cela finit par produire la même fatigue, le même désintérêt et le même évitement que pour les adultes dans la même situation, mais à huit ans on traite le problème avec la grâce et les compétences sociales de son âge.

 

 

Apprentissage et mémoire

 

Les enfants avec des problèmes d’apprentissage ou de mémoire peuvent avoir un très bon rappel auditif et un rappel pauvre des informations visuelles (ou vice versa). Il est utile de savoir quels canaux de communication sont des forces et de les utiliser quand le but est d’apprendre un contenu. Les questions basiques qu’un test peut éclairer incluent :

 

 

  1. Est-ce que la répétition aide ?

  2. Est-ce que le rappel est accentué ou distordu ?

  3. Est-ce que la mémoire de reconnaissance est intacte ?

  4. Est-ce que cet enfant regroupe les informations par sens ou tente-t-il de les apprendre au hasard ?

  5. Est-ce que le rappel à court terme ou à long terme est compromis ?

  6. Est-ce que le fait de donner des indices est une aide ou cela ne fait-il aucune différence ?

 

 

Attention

 

L’enfant identifié comme doué entre en classe en sachant les deux-tiers de la matière qui sera enseignée durant l’année à venir. Peu d’enfants de sept ans utilisent leur temps libre d’une manière constructive quand ils s’ennuient. Ceci est facilement confondu avec un problème de comportement ou d’attention, alors que c’est un problème d’équipement scolaire pauvre. L’inattention est un problème si elle interfère avec la capacité de l’enfant à interagir avec ses pairs, apprendre et démontrer ce qu’il sait. L’inattention peut inclure des problèmes avec la simple concentration, la soutenir dans la durée, soutenir l’attention pendant des distractions, distribuer son attention entre plusieurs tâches, ou allouer son attention avec sagesse. Souvent les enfants prêtent attention – simplement ils ne la prêtent pas à ce à quoi vous voudriez qu’ils la prêtent… Jeremy est attentivementen train de forer un trou sur le dessus de son bureau avec un crayon. Elaine est mentalement en train d’affiner son monde imaginaire, et elle bricole actuellement sa structure politique. Les enfants avec un diagnostic correct de Déficit d’Attention tendent à avoir des taux plus élevés de conditions spécifiques concomitantes, comme des incapacités d’apprentissage, des comportements d’opposition, et même une sorte de mépris pour les droits des autres.

 

 

Fonctionnement exécutif

 

Le fonctionnement exécutif ou l’attention complexe incluent : planification, jugement, récompense retardée, auto-contrôle, et contrôle des impulsions. Tous les enfants ont tendance à manquer de sagesse, mais certains semblent avoir un jugement remarquablement mauvais. Ils deviennent un problème pour les autres parce qu’ils se font ballotter par chaque caprice sans garder une perspective plus large à l’esprit. Ils n’ont souvent aucune conscience du désordre qu’ils laissent derrière eux, ce qui n’est pas le cas des adultes qui les entourent. Le problème avec un mauvais jugement c’est qu’on est mal jugé. Pourtant, ce qu’on appelle un mauvais jugement est souvent causé par un système neurologique lésé. La plupart des enfants avec un TDA vont aussi avoir des problèmes avec le fonctionnement exécutif, bien que cela ne soit souvent pas abordé comme un problème spécifique. C’est aussi une conséquence particulièrement commune des accidents de voiture, particulièrement de ceux dans lesquels l’enfant ou l’ado n’était pas attaché. Ces accidents peuvent être relativement bénins mais causer un dommage significatif.

 

 

Sensorialité et motricité

 

Les doigts peuvent-ils faire ce que l’esprit imagine ? Des esprits brillants sont souvent hébergés par des corps de six ans. Ce qu’ils peuvent concevoir doit être exécuté par de petits doigts potelés de six ans, avec un succès limité et beaucoup de frustration. Pour des enfants avec un retard de motricité fine ou une dextérité faible, la frustration est bien plus prononcée. Imaginez qu’on vous demande d’écrire toute une journée avec votre main non-dominante. Vos mémos et rapports commenceraient probablement à raccourcir en même temps que votre patience. Quand il est long et laborieux d’écrire, les comptes-rendus de livres ne sont pas faits. Un collègue m’a parlé d’un de ses clients doué qui avait passé cinq minutes à regarder l’image d’un poussin se tenant à côté d’une coquille d’œuf brisée. On lui avait demandé d’écrire une phrase. Interrogé sur le retard, il expliqua qu’il essayait de trouver des moyens de raccourcir la phrase. Il finit par écrire : il a éclos. S’il y avait moyen de raccourcir ou d’éviter un dessin, par un projet créatif, un diaporama ou une tâche écrite, il pouvait s’en sortir,et brillamment.

 

Les enfants avec des blessures à la tête ou des troubles neurologiques peuvent avoir des problèmes plus ésotériques. Par exemple des enfants avec « apraxie » peuvent être incapables de mimer l’usage d’un marteau ou d’une brosse à dent, tout en pouvant les utiliser correctement. La connexion entre le modèle moteur et l’idée a été coupée. Le cerveau est remarquable par les formes spécifiques et étroites de difficulté qu’une blessure peut y produire.

 

 

Problèmes sociaux

 

Quand la plupart des enfants doués sont bien insérés, les enfants qui ne sont pas dans le bon niveau scolaire ou qui sont isolés courent un risque plus élevé de dépression, d’anxiété ou d’autres problèmes mentaux. Les élèves qui se situent dans les plus hauts QI peuvent vivre de plus grandes difficultés d’insertion (Terman, 1959), probablement parce que leurs capacités extrêmes contribuent à leur isolement et accentuent la crise avec leur environnement. Par exemple, leurs camarades de classe peuvent les étiqueter comme « le geek » ou ils peuvent se trouver incapables d’interagir avec leurs pairs. De même, les enfants doublement exceptionnels sont plus facilement au mauvais niveau scolaire et isolés de leurs pairs. Ce sentiment d’être à part est une des raisons pour laquelle les gens doués sont enclins à se sentir insatisfaits de leurs accomplissements et à la fin abandonnent leurs capacités (Buescher, 1985).

 

 

Les étudiants doués comprennent souvent mal ce que leur douance signifie. Cette mauvaise compréhension peut les amener à des sentiments de tristesse, de la dépression, et à montrer des attitudes dévalorisantes (Kaplan, 1983). Leur perfectionnisme peut les amener à penser qu’aucun de leurs efforts n’est suffisant. Si vous ne pouvez jamais rien accomplir à hauteur de vos modèles, alors à quoi bon essayer ? Revenons à l’enfant de six ans qui essaye de transférer sur le papier l’image qu’il a à l’esprit. Le perfectionniste de six ans s’évalue lui-même « raté » encore et encore dans son effort pour dessiner ce qu’il voit si clairement. Bientôt la frustration s’installe, qui conduit à la dépression qui à son tour nourrit le manque d’essai. Les étudiants doués les moins bien insérés évitent les opportunités de grandir qui incluent un risque d’échec, des normes à leur travail, et la nécessité d’atteindre des buts (Jenkins-Friedman & Murphy, 1988).

 

 

Intervenir : pourquoi nous échouons

 

Comprendre le problème est un premier pas pour esquisser une intervention, mais nous tombons souvent au deuxième pas. Un Plan d’Éducation Indépendant (IEP) tend à être un document sur les fissures, problèmes et échecs. Un enfant est assis dans une pièce entouré par ses parents, professeurs, conseiller scolaire et principal et on passe en revue toutes les choses qu’il fait mal. Les buts sont souvent énigmatiques, quoique précis (« Will démontre un comportement adapté à la tâche 80% du temps »). Peu d’entre nous seraient des participants enthousiastes à un tel procès, particulièrement quand il n’inclut que rarement une mention de ses forces, capacités, charme, talent, originalités et bons points. C’est un groupe de discussion sur les manques de Jeremy dans des détails élaborés, douloureux et spécifiques.

 

 

La plupart des enseignants réduisent automatiquement leurs attentes envers les enfants étiquetés « troubles des l ‘apprentissage », dont le déficit initial peut être aggravé par un cadre qui échoue à leur demander de fonctionner à la hauteur de leurs capacités. Mais ce que Salmaan exige pour la réussite c’est la motivation (Nickerson, 1999). Il a besoin d’être impliqué dans un long apprentissage plein d’efforts où on lui permet de mettre en pratique, développer, expérimenter, apprendre et mettre en pratique encore un peu plus (Simonton, 1994). En outre, cette mise en pratique devrait être encouragée non pas avec une mentalité perfectionniste mais avec un empressement à risquer de mal faire au service de l’apprentissage. Un soutien efficace se concentre sur l’effort, les processus d’apprentissage et les stratégies. A la fin, il importe plus que nous trouvions ce que nous pouvons faire, que nous trouvions ceux qui partagent nos passions et nos affinités, et que nous apprenions à mettre le développement du caractère et du talent au-dessus de notre crainte de paraître stupide. C’est une leçon que nous pouvons apprendre dans l’enfance, et ré-apprendre à l’âge adulte.

 

 

Bibliographie

 

 

 

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Whitmore, J. F. (1980). Giftedness, conflict and underachievement. Boston: Allyn and Bacon.

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