Cet article examine les recherches effectuées sur les individus surdoués dans le contexte de la théorie de la désintégration positive de Dabrowski et fait le point sur la manière dont la théorie apporte un éclairage unique pour comprendre les phénomènes marquants dans l’éducation des surdoués.

 

 Résumé de l’article : Michael C. Pyryt. « The Dabrowskian Lens: Implications for Understanding Gifted Individuals ». In: Dabrowski’s Theory of Positive Disintegration. Scottdale, Great Potential Press, 2008, pp 175-182.

 

Les excitabilités accrues:

 

Les principaux axes de discussions et de recherches relatifs à l’éducation des surdoués concernent les hyperexcitabilités psychiques. La TDP met en avant 5 canaux de perception – psychomotrice, sensuelle, émotionnelle, imaginative et intellectuelle – utilisés par les individus afin d’expérimenter le monde. La théorie suggère qu’il existe des différences individuelles tant au niveau de la quantité que de la façon dont ces hyperexcitabilités se combinent, et que cela affecte le potentiel de développement. Les études ont été menées sur des individus surdoués et sur des individus moyens. Les résultats des tests OEQ et des tests ElementOE mettent en lumière quelques différences significatives entre surdoués et non surdoués, notamment en ce qui concerne les hyperexcitabilités psychomotrice, intellectuelle et imaginative. Les différences entre surdoués et individus moyens sont moins significatives pour les hyperexcitabilités émotionnelles et sensuelles.

Quelque soit la méthodologie utilisée, les individus surdoués démontrent un haut degré de d’excitabilité intellectuelle accrue. On constate dans le même temps que les individus surdoués et non surdoués obtiennent des résultats assez similaires au niveau de l’hyperexcitabilité émotionnelle. Cette découverte laisse à penser que de nombreux surdoués ont un potentiel de développement limité en regard de la théorie de Dabrowski, et sont davantage égocentriques qu’altruistes. Les hyperexcitabilités ne constituent toutefois que la moitié de l’équation du potentiel de développement. Qu’en est-il du dynamisme ?

 

Le dynamisme :

 

La théorie de la désintégration positive part du postulat que l’interaction entre l’hérédité et l’environnement active certaines forces personnelles d’autonomie appelées dynamismes. Chaque niveau est caractérisé par un dynamisme propre, hormis le premier niveau puisque le dynamisme est perçu comme reflet d’une désintégration positive. Les dynamismes du niveau II incluent la présence d’ambivalences et tendances reflétant le conflit initial entre « ce qui est » et « ce qui devrait être ». Les dynamismes activés au niveau III incluent une insatisfaction vis-à-vis de soi-même, des sentiments de honte, de culpabilité, causés par le fait que les individus perçoivent le décalage entre la réalité extérieure et leur idéal. En progressant vers le niveau IV, les dynamismes tels que la conscience de soi et l’autonomie procurent à l’individu un sens de l’auto-efficacité lui permettant de résoudre ses propres conflits entre le self actuel et le self idéal. Au niveau V, un dynamisme dit « personnalité idéale » est activé. L’individu achève son moi idéal. Il en résulte un état d’harmonie nommé « intégration secondaire ».

Mendaglio et Tillier (2006) notent que les dynamismes ont été largement négligés dans la littérature traitant de l’éducation des surdoués, probablement pour des raisons conceptuelles et méthodologiques. Les dynamismes ajoutent de la complexité à la théorie et impliquent lecture et relectures persistantes des sources originelles, choses qui n’étaient guère faisables jusque récemment. Il est difficile de traiter, dans un article, de la manière dont les dynamismes interagissent avec les hyperexcitabilités dans les différents niveaux de développement. Au niveau méthodologique, se font sentir l’absence d’instruments d’évaluation permettant de fournir directement des indications sur les dynamismes présents au cours de la vie. Les études menées sur les dynamismes sont basées sur des récits autobiographiques et il n’existe pas d’études comparatives des dynamismes exhibés sur un large échantillon de surdoués et de personnes aux capacités moyennes. Dans un de leurs rapports, Mendaglio et Pyryt (2004) analysent les exigences intellectuelles nécessaires pour activer les dynamismes des hauts niveaux et proposent l’intelligence comme éléments permettant d’activer les dynamismes de conscience de soi et d’empathie. Mais bien que condition nécessaire au haut potentiel de développement, elle n’est pas suffisante prise isolément.

 

L’éclairage de Dabrowski sur la douance :

 

La théorie de la désintégration positive apporte une lumière inédite permettant de mieux appréhender la psychologie et l’éducation des individus surdoués. La première implication est qu’au sein de ce modèle, l’excitabilité émotionnelle accrue est d’une importance capitale pour l’accessibilité aux hauts niveaux de développement. L’accent mis sur l’aspect cognitif dans le cadre de l’éducation des surdoués, en conjonction avec le fait de négliger l’aspect émotionnel, est considéré comme malavisé. Si le but de cette éducation est de favoriser les hauts niveaux de développement, il est essentiel d’identifier les individus possédant une hyperexcitabilité émotionnelle en corrélation avec les hyperexcitabilités intellectuelle et/ou imaginative. Cela requière de mettre en place des procédures allant au-delà de mesures d’intelligence (WISC IV ou Stanford-Binet V) afin de déterminer cliniquement, à travers des entretiens, des journaux, et des réponses ouvertes, les individus concernés par la relation à l’autre et la compassion.

La seconde implication de cette théorie est que beaucoup de surdoués, à cause de leur sensibilité émotionnelle, semblent souffrir de conflits internes lorsqu’ils expérimentent le décalage entre ce qui est et ce qui devrait être, conflits considérés comme indicateurs d’un potentiel de développement et non comme éléments négatifs.

La troisième implication est que la douance peut se manifester de différentes manières : intellectuelle, créative, émotionnelle, sensuelle et physique. Il est bon de rappeler que c’est la combinaison de ces excitabilités accrues qui révèlera la douance.

Le développement personnel a été conceptualisé sous trois formes, l’appréciation par réflexion, la comparaison sociale et l’attribution, afin de déterminer les similarités et différences dans le processus de l’image du moi, entre les surdoués et les personnes aux capacités moyennes. La manière dont est conceptualisée la douance est un autre facteur important. Lorsque la douance est appréhendée comme intelligence élevée, particulièrement quand elle est couplée à de grandes réussites, on constate que les surdoués se définissent par rapport aux résultats académiques. Toutefois, sous l’éclairage de Dabrowski, les attentes concernant la définition de l’individu changent dramatiquement. Dabrowski suggère que les personnes ayant un fort potentiel de développement expérimentent une variété de sentiments négatifs, qui sont habituellement associés à une baisse estime de soi. La douance, perçue de cette manière, donne une plus grande importance à l’acceptation de soi plutôt qu’à la vision traditionnelle de l’image de soi, qui peut être positive ou négative par nature. Les éducateurs œuvrant avec des surdoués établissent clairement un rapport entre perfectionnisme et douance. Deux aspects négatifs sont à noter : échecs scolaires (difficultés à rentre un travail qui n’est pas parfait) et bouleversements émotionnels (sentiments d’inutilité et dépression lorsque le surdoué se rend compte de l’impossibilité à combler ses attentes). Le perfectionnisme peut conduire certains surdoués à un risque de suicide. Toutefois le perfectionnisme peut aussi amener l’individu à se surpasser. Pour reprendre la TDP, la perception positive ou négative des aspects du perfectionnisme est intimement liée aux niveaux de développement.

 

Conclusion :

 

Les individus surdoués, comparés aux individus aux capacités moyennes, montrent des signes d’excitabilité intellectuelle accrue. Cette dernière, combinée à l‘hyperexcitabilité émotionnelle et à des dynamismes élevés, laisse présager d’un haut potentiel de développement. Mais il y a une différence entre posséder un plus fort potentiel et l’exploiter.

La théorie de la désintégration positive de Dabrowski offre une perspective unique par rapport aux notions traditionnelles relatives à la douance. Il ne tient qu’à nous de préférer la compassion au raisonnement logique, l’acceptation de soi plutôt que l’image de soi, la personnalité idéale à la place du statu quo, et une vie altruiste en lieu et place des jugements moraux.

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