Inné, acquis, génétique : aux origines de la douance…

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➔ Peut-on évaluer la proportion de l’inné et de l’acquis dans la structuration de l’intelligence et de la personnalité (le débat du Tout-Inné ou du Tout-Acquis semblant assez illogique) ? Le milieu dans lequel l’enfant grandit aurait-il une influence décisive ou au contraire les caractéristiques observées en clinique seraient-elles apparues quel que soit l’environnement (avec éventuellement des variations d’intensité ou d’importance) ? De quels éléments dispose-t-on à l’heure actuelle pour étayer cette réflexion ?

Existe-t-il des études génétiques pouvant corréler la douance à une cause intrinsèque et non à l’influence de l’environnement ?

Arielle Adda

     

     A ma connaissance, il existe une étude (citée par Duyme) sur des jumeaux adoptés dans des familles différentes : le QI était plus élevé chez celui élevé dans la famille privilégiée, mais pas de beaucoup, ce qui serait en faveur de l’inné, j’ai oublié les détails, c’est assez ancien, il doit y avoir d’autres études ailleurs, surtout à l’étranger.

Dans les crèches, on peut déjà constater des différences de vivacité entre les bébés, à ne pas assimiler au seul développement moteur, plus rapide dans certains endroits.

Par ailleurs, le Pr Habib parle de certaines aires cérébrales différentes, frontales et pariétales (cf le colloque virtuel) : l’environnement n’y est pour rien  ; on le constate en clinique, on est chaque fois surpris de l’envergure intellectuelle de certains enfants nés dans un milieu catastrophique, mais c’est une remarque empirique et non scientifique .

Perrine Vandamme

     

     

     Il faudrait aller rechercher les ouvrages le Todd Lubart (enfants exceptionnels ; précocité intellectuelle, haut potentiel et talent) ou Helen Winner, qui reprennent quelques études et théories- notamment des jumeaux monozygotes adoptés dans des familles différentes aux US qui ont plus de chance d’être HQI si l’autre l’est.

 

Clotilde Beylouneh

  

     Le débat inné/acquis ou hérédité/milieu n’a pas fini de faire couler de l’encre. Et sur ce sujet, on est loin d’avoir tranché. Car plus les sciences avancent, plus la multiplicité des explications grandit. Toutes sont valables, et toutes sont à relativiser.

Binet écrivit : « Dans les résultats que cet enfant nous donne, dans ce niveau d’intelligence que nous lui attribuons, quelle est sa part personnelle, quelle est celle de son milieu, notre examen ne le distingue pas. Quand nous voyons dans une prairie un arbre isolé, nous ne savons pas davantage s’il doit sa taille à la graine d’où il provient, ou bien à l’humus où il a poussé. Pourtant cela ne nous empêche pas de parler de sa vigueur et de sa vitalité.» (BINET, La Mesure du Développement de l’intelligence chez les jeunes Enfants).

En fait, BINET, qui refusait de se prononcer sur l’origine des différences, considérait que l’intelligence était trop complexe pour être exprimée par un seul chiffre. Cependant, à cette époque où la phrénologie jouissait d’un certain prestige mais où l’imagerie cérébrale n’était pas apparue, il déclarait que l’intelligence ne pouvait être mesurée par des données relatives à la perception ou à d’autres variables physiologiques. Son seul but était de détecter ceux qui avaient besoin d’aide.

     Cette position peut nous guider aujourd’hui, même si de nombreuses études ont montré aussi bien l’influence de l’inné que celle de l’acquis.

En définitive, sur la question du développement de l’intelligence, ce n’est pas dans un modèle additif que l’on doit se situer, mais dans un modèle d’interaction : le développement de l’intelligence est le résultat de l’interaction entre des dispositions innées et un milieu …

     Cette position intermédiaire ou plutôt interactionniste étant posée, il faut encore insister sur l’extrême diversité des indicateurs inclus dans l’un et l’autre de ces deux domaines :

  1. Concernant les dispositions innées : elles ne sauraient être connues, ni décrites, ni repérées. Des familles de « génies » ont été remarquées par GALTON (précurseur de la psychologie différentielle). Autrement dit, certes, on peut mettre en évidence qu’il y a des facteurs génétiques, mais il n’y a pas de gêne de l’intelligence. Et de nombreuses études ont pu établir des hiérarchies entre peuples ou entre nations. Mais ces études ne sauraient faire la preuve de l’aspect génétique de telles différences. En effet, pour ce qui concerne les pays, ces études sont dans l’incapacité d’extraire l’impact du développement culturel et sanitaire des nations, ni généralement de l’impact de la culture.

  2. Quant à l’influence du milieu, ne se décline-t-elle pas en de multiples formes ?

    La nutrition, par exemple, fait partie des apports du milieu, et elle influence assurément le développement de l’intelligence  . Mais la nutrition, ne commence-t-elle pas dans le ventre de la mère ? Et son influence sur l’intelligence, à quel moment et selon quelle composition précise se fait-elle ?

    Les interactions avec l’entourage jouent aussi leur rôle. Or, c’est dès les premiers jours que le bébé manifeste des compétences sociales, communiquant avec son entourage, la mère au premier chef . Mais comment distinguer, dans le devenir d’un enfant, les détails de ce qui fait la qualité de la relation avec la mère ?

    A l’évidence, les autres membres de la famille sont aussi concernés. Le père, bien sûr, influence le développement de l’intelligence de son enfant, aussi bien d’un point de vue génétique que du point de vue éducatif ou relationnel. A ce stade, s’entremêlent : le niveau culturel des parents, la qualité de relation, le type de stimulations, leur implication dans la relation … Toutes ces données, et bien d’autres, ont été montrées en lien avec le développement de l’intelligence !

    Quittons à présent la famille pour considérer l’environnement plus large. Nous pensons d’abord à l’état d’avancement d’une société, avec le niveau de santé d’une part, et la possibilité d’accéder à la culture ; avec peut-être aussi le fait qu’une nation vivant en paix fournisse un cadre sécurisé où l’enfant sera exempt de stress majeurs … Puis nous pensons bien vite à l’influence de l’école. 

 

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Pour compléter donc  et vous faire votre propre idée, dans l’attente d’obtenir des réponses d’autres professionnels (nous cherchons notamment à contacter des professionnels d’autres disciplines afin d’aller plus loin) :

On peut constater que malgré les études, le sujet reste controversé, une partie des études ayant été vivement critiquées dans la méthode choisie pour le recueil de données.

  • Concernant l’une des études sur le fonctionnement cérébral citées par le Pr Habib :

http://sciencewatch.com/dr/fbp/2009/09augfbp/09augfbpJungET1.pdf 

C’est en anglais, c’est dense, et cela nécessite de posséder de bonnes connaissances en anglais médical. Mais c’est très intéressant (on peut au moins lire l’introduction et la conclusion si l’on ne veut pas entrer dans le détail). On retrouve ici beaucoup d’éléments cités par le Pr Habib dans ses travaux.

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