« Enfants à haut potentiel, surdoués, précoces, zèbres… Qui sont-ils ? »

Compte rendu de la conférence de Jeanne Siaud-Facchin le 5 octobre à Tarbes. L’auteure du livre « Trop intelligent pour être heureux » était invitée par l’ANPEIP.

Les surdoués ont une forme d’intelligence qualitativement différente de la moyenne. Leur pensée est organisée de façon spécifique.

Une pensée spécifique :
On a étudié leur fonctionnement cognitif singulier par différentes méthodes, notamment par IRM. Les conclusions sont :

  • Une hyperactivation cérébrale (même au repos) avec une connectivité plus dense (échanges chimiques au niveau des synapses plus intenses)
  • Une vitesse de transmission supérieure de zones captant les informations vers les zones qui les traitent.
  • Un déficit d’inhibition latente ( C’est la capacité d’oubli des informations inutiles) sauf avec un effort cognitif (qui génère de la fatigue)
  • Une réponse intuitive (sans accéder aux procédures de raisonnement)
  • Une pensée en arborescence (mobilise toutes les zones du cerveau) contrairement au reste de la population qui pense en linéaire (mobilisation de l’hémisphère gauche).

Conséquence sur l’apprentissage :
L’enfant précoce DOIT faire plusieurs choses à la fois pour apprendre. C’est ce qui le rend parfois insupportable aux enseignants. Pour préciser : « Ses ressources attentionnelles ne sont activées que lorsqu’elles sont dispersées sur plusieurs sources ». L’apprentissage de cette manière commence à poser problème à l’adolescence. Certains vont réagir en classe en faisant plusieurs choses à la fois (se balancer sur sa chaise, écouter le cours, faire une sculpture de papier, parler avec son voisin, consulter ses SMS, et répondre correctement à la question du prof excédé), d’autres vont s’évader dans leur tête. Ces deux réactions, qui vont induire des profils de « hyperactif désorganisé » et de « rêveur tête en l’air » proviennent du même besoin de faire plusieurs choses à la fois.

Une structure de la personnalité :

  • Hyperesthésie (champ de vision plus large, écoute plus fine et de plusieurs sources à la fois, sens tactile élevé, odorat développé)
  • Réactivité émotionnelle (vulnérabilité du complexe amygdalien, partie du cerveau archaïque dont le rôle est de capter les stimuli extérieurs, de les associer à des émotions (notamment la peur et le plaisir) pour les communiquer au cortex. Chez les surdoués, cette vulnérabilité entraine des crises émotionnelles. Quand les stimuli sont important, la puissance des émotions générées peuvent provoquer une surcharge du cerveau, une sorte de court-circuit). On comprend aisément que dans ce type de crises, la parole n’aide pas. Seul le toucher peut apaiser grâce à la libération d’ocytocine.
  • Empathie ou capacité de comprendre les émotions des autres. C’est une qualité encouragée par notre société mais elle se transforme parfois en contagion émotionnelle. Lorsque cette hypersensibilité se combine avec une lucidité de la situation, cela peut induire une envie perpétuelle d’aider l’autre et générer un sentiment d’impuissance vis à vis de la souffrance de l’autre. Cela amène l’individu à une dépendance constante au contexte affectif et cognitif et/ou à une hypervigilance émotionnelle (tentative de contrôle), qui est aussi un facteur de vulnérabilité (ex : ne pas avoir l’impression de ressentir d’émotions, ou avoir l’impression de tout voir d’en haut, avoir la manie de tout analyser)

La construction de l’image de soi :
Les enfants et adolescents précoces se rendent comptent assez tôt des failles des adultes et de leurs parents, à l’âge où ils ont besoin de s’identifier à eux, ce qui perturbe le processus habituel d’identification aux parents. Certains surdoués réagissent par la recherche perpétuelle et vaine d’un mentor, d’un modèle. Le fait de se sentir différent leur donne une image faussée d’eux-même (complexe du vilain petit canard) L’entourage parfois contribue à renforcer leurs croyances négatives sur leurs capacités et leurs compétences ( Ils se sentent nuls alors que d’autres les admirent). Précision: La souffrance est générée par la sensation d’être différent et non pas par le fait de l’être.
Parfois, certains peuvent prendre la « grosse tête », mais ils se protègent ainsi de leur sensation d’étrangeté. Les enfants précoces ont besoin d’être plus couvés, arrosés, rassurés.
A l’adolescence, il y a une grosse montée du sens de l’engagement au niveau citoyen (militantisme, associatif), au niveau amoureux (idéal de l’âme sœur) et une recherche de l’absolu ( le principe de « ce qui doit être » ), du vrai. Du coup, c’est difficile de flirter quand ils voient que les autres sortent ensemble pour paraître ou pour faire comme tout le monde.
A cet âge, ils sont confrontés au principe de réalité, au deuil des illusions, à une lucidité impitoyable, à la conscience collective. En général, ceux qui sont diagnostiqués refusent de parler de leur précocité à cet âge là. Ils veulent grandir en se sentant pareils que les autres alors qu’ils sont différents. Certains pratiquent l’inhibition de la pensée (c’est une stratégie pour ne plus paraître différents)
Ces comportements atypiques amènent parfois à les confondre avec des personnalités limites, des dépressifs ou des personnes souffrant de troubles bipolaires (car certains ont des mouvements d’humeur très rapides) Un professionnel doit alors faire appel à des diagnostics différentiels complexes afin de comprendre le fonctionnement de l’individu. Sinon, ce qui distingue les surdoués des personnes soufrant des pathologies citées, c’est l’absence de réaction aux traitements anxiolytiques, anti-psychotiques et régulateurs de l’humeur.

Que faire ?
Comme pour un enfant souffrant de handicap (La précocité n’en est pas un) les parents d’un enfant précoce devront être spécialistes de la spécificité de leur enfant. Le thérapeute devra donner plus d’engagement pour accompagner ces enfants là, qui souvent essaient de les manipuler. Les enseignants devront être plus attentifs, compréhensifs, souples et ouverts au comportement spécifique de ce type d’élève. Si cela est mis en place, alors il n’y a pas besoin d’école spécialisée. Pour un adulte, pour aller bien, il lui faut transformer sa force fragile en force de vie.
Il y a de nombreux surdoués qui s’ignorent et qui vont très bien, qui ont plutôt réussi leur vie (préparation d’un livre pour en parler). Ce qui les distingue des autres, c’est qu’ils ont reçu au cours de leur développement un accompagnement adéquat et soutenu. Le socle, pour garder une structure interne stable, c’est l’ESTIME DE SOI.

« Être adulte, c’est prendre par la main l’enfant qu’on a été »_André Comte-Sponville

1 Comment

  1. Merci pour tout ce travail de notes et résumé!

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