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La douance n’est pas une maladie. Néanmoins de nombreuses personnes à haut potentiel semblent éprouver le besoin à un moment de leur vie de consulter un thérapeute (psychologue notamment). Pensez-vous qu’il soit indispensable de faire mention du haut potentiel au cours de la prise en charge ?

Arielle Adda

Si la thérapie ne prend pas en compte cette donnée, elle ne peut pas être efficace, j’ai écrit à ce sujet : sans la bonne grille de lecture on ne comprend rien et on interprète tout de travers. La plupart des personnes qui viennent me voir ont eu des expériences malheureuses et parfois dramatiques parce que mal comprises : on verse vite dans la pathologie quand on ne comprend pas ce que disent les gens qui se cherchent. Le désir de consulter un psy se comprend : il y a toujours un moment où on ne comprend pas pourquoi on diffère tant sur de multiples points.

Clotilde Beylouneh

Oui. Je ne vois pas comment un tel questionnement pourrait être laissé sous silence par la personne, ni écartée par le thérapeute. L’intelligence est une dimension essentielle de la psychologie.

Perrine Vandamme

Oh oui, et si possible à quelqu’un qui peut l’entendre…

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Par ailleurs, il paraît extrêmement difficile de trouver aujourd’hui des professionnels qui soient sensibilisés à cette question : quelles sont les avancées en matière de formation que ce soit au sein de la filière médicale (psychiatrie) ou dans le cursus des psychologues ?

Arielle Adda

En psychologie tout dépend des facs, parfois on dit même que le don n’existe pas ; écoutez Marcel Ruffo à ce sujet par exemple : « une invention des psy pour gagner de l’argent ! » ; j’ai vu des sujets à traiter par des étudiants qui allaient dans ce sens ; je crois que pour les psychiatres et les pédiatres il n’y a rien, renseignez vous.

Perrine Vandamme

Les psychologues encore ça va,mais les psychiatres… Il y a un sacré boulot à faire. D’où le travail que je conduis actuellement…

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La recherche semble montrer que le cerveau des personnes à haut potentiel est différent. La douance n’excluant aucune pathologie, ces personnes développent des troubles divers, médicalement traités avec des molécules et des posologies-type. Pour la classe thérapeutique neurologie-psychiatrie notamment, pensez-vous que ces personnes répondent de la même manière aux traitements ? Des études spécifiques existent-elles en France ou dans le monde ?

Arielle Adda

Je pense que l’hypersensiblité des personnes douées les fait réagir parfois violemment aux médicaments ; il y a un médecin, Damien Crouzet, qui a étudié un sujet de cet ordre ; il avait un projet en province.

Perrine Vandamme

Aucune étude scientifique nulle part sur les questions de tolérance des psychotropes, sauf peut-être chez le sujet âgé, et pour l’enfant bien sûr… Par exemple, un sujet cérébro-lésé aura une mauvaise tolérance des psychotropes aux doses habituelles, mais c’est la pratique ou le bouche à oreille qui nous l’enseigne.

Donc, soit on a été formé à bonne école sur les prescriptions, ou on s’est fait une solide expérience personnelle, et on a une capacité à écouter nos patients et à remettre en question notre pratique, soit on utilise les psychotropes comme les antibiotiques…

Il n’y a absolument rien concernant la catégorie de personnes qui rentrent globalement dans le cadre des hypersensibles (émotionnellement), qui seront aussi souvent des hypersensibles aux effets secondaires des psychotropes. Encore moins sur la question de l’hypersensibilité globale des HPI…

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Parlons du cas spécifique des antidépresseurs, neuroleptiques, antipsychotiques et anxiolytiques. De nombreuses personnes a haut potentiel nous ont rapporté avoir reçu au cours de leur existence ce type de traitement, qu’il soit prescrit par un médecin généraliste ou un psychiatre. Beaucoup nous ont précisé l’inefficacité voire la nocivité à terme de ces traitements sur leur bien-être général : effets secondaires très marqués, sensations de perte d’identité, voire ralentissement persistant bien au delà de l’arrêt du traitement. Se pourrait-il que ces molécules ne soient pas adaptées au fonctionnement cérébral particulier de ces personnes ? Dans ce domaine, quels retours avez-vous au regard de votre expérience ?

Arielle Adda

Effectivement, les personnes réagissent souvent avec excès ; ces traitements, de façon idéale, ne devraient être prescrits que pour des durées brèves et dans des cas précis, objectivement traumatisants, un psychiatre sera plus précis que moi ; mon expérience est généralement très négative, mais il faut se rappeler que tous ces médicaments entrainent des effets secondaires

Pour les enfants doués, on peut envisager l’homéopathie et tout ce qui est de cet ordre, ils y réagissent très bien à condition que le traitement soit exactement adapté et non pas bateau, on frémit quand on voit les prescriptions de ritaline pour des enfants parfaitement équilibrés !

Clotilde Beylouneh

Il est vrai que cela peut arriver, mais je ne sais pas si cela concerne davantage les sujets à haut potentiel que les autres personnes.

Perrine Vandamme

Ce n’est pas tant la molécule que la posologie qui n’est pas adaptée en fait. Quand je suspecte une HS émotionnelle, et à fortiori une HS chez un HPI, je démarre avec la molécule la plus légère, à demi, voire au quart de dose habituelle. Ou à la posologie enfant… Après j’augmente si besoin. Et puis, l’homéopathie, l’accupuncture, l’ostéopathie etc… peuvent être très utiles, même si elles ne sont souvent pas suffisantes en cas de « vrais » symptômes psychiatriques.