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➔ Il semble se développer dans la littérature et par extension sur internet (fora) une image du surdoué condamné au malheur et à l’inadaptation sociale qui nous semble aussi toxique que celle du génie à qui tout réussit qui était installée jusqu’ici. Comment éviter de nouveaux amalgames ? Par ailleurs que pensez-vous du terme « zèbre » apparu récemment, depuis la publication de Trop intelligent pour être heureux (JSF) ? Quelle terminologie adoptez-vous vous-même préférentiellement ? HQI ? Haut Potentiel ? Surdoué?

 

Arielle Adda

Tous mes textes se terminent par une ouverture sur un parcours heureux ; le don intellectuel est une richesse incomparable une fois bien assimilée cette notion, les personnes douées ont parfois plus de mal que d’autres, surtout dans leurs relations sociales, mais leur existence est bien plus intéressante, à la fois pour eux et pour les autres, le don s’accompagne généralement de générosité et d’idéalisme

On parle plus souvent des ratés que des génies, qui demeurent théoriques et abstraits. Les gens heureux n’ont pas d’histoire. 

Concernant la terminologie, je dis « doué », j’ai employé le terme de précoce au début, mais depuis plus de 20 ans, je dis doué.

Le zèbre est un animal qui vit en troupeau et ne semble pas particulièrement intelligent, le terme lui-même avait une connotation péjorative auparavant et je suis toujours ennuyée quand quelqu’un s’annonce comme étant un « zèbre » Une trop évidente différenciation des autres ne me semblent pas nécessaire ; se placer d’emblée à part n’aide pas à vivre alors il disent qu’ils font partie du « troupeau », mais comme utiliser ses dons si on reste entre soi ?


Clotilde Beylouneh

Les termes employés comportent tous des limites, et sont tous aisément critiquables par qui voudra les critiquer.

  1. Tel terme, en mettant en avant la question du décalage dans le temps, élude la supériorité intellectuelle ou en constitue un euphémisme, et laisse entendre que le décalage se résorberait à l’âge adulte.

  2. Tel autre semble introduire des catégorisations irritantes entre les individus, et en fait réductrices.

  3. Tel autre, mettant l’accent sur un potentiel futur, cautionne la question de l’actuel et semble ignorer, dans cet actuel, la souffrance qui peut exister à être différent.

  4. Tel autre se contente de citer l’existence d’un QI élevé, dans une position minimaliste qui n’engage à rien et pourrait même masquer que le Q.I. a pour raison d’être de mesurer l’intelligence, ce sans quoi il ne serait que vaine spéculation.

  5. Tel autre enfin, par une métaphore certes parlante, a le tort de comparer des êtres humains à des animaux … ce qui n’est guère respectueux !

L’imperfection de ces termes est donc évidente à qui connaît la réalité de la douance. Et pourtant, faudrait-il les éliminer ? Je m’en garderai.

  1. Tous, en effet, ont apporté leur pierre à l’édifice. Leur diversité rend compte de celle de leurs concepteurs, et par extension, de celle des personnes concernées

  2. N’est-il pas constructif, et plus encore pour un tel sujet, de provoquer de la dissonance cognitive ?

  3. Tous ont l’avantage de nommer cette réalité tangible et puissante, mais pourtant secrète. En tant que psychologue, comment pourrais-je contester l’utilité d’une telle démarche !?

Outre ces remarques relativement objectives, il faut encore parler de la subjectivité de l’individu. Nous savons que derrière ces termes, il s’agit de personnes bien réelles, chez qui la recherche identitaire est en cours et dont la rencontre avec tel ou tel terme reste une expérience inédite. Devant cet enjeu, et avant même les considérations plus ou moins sémantiques, tous sont susceptibles de rejoindre intimement les formes identitaires subjectives que s’est construite la personne et qui n’attendaient que les mots pour s’apaiser …et tous peuvent susciter des sentiments désagréables tels que la frustration, la colère, la déception …

Pour ma part, et même si les auteurs justifient l’emploi de tel ou tel terme en fonction de courant de pensée dans lequel ils s’inscrivent ou en fonction de leur propre définition, je me refuse à privilégier l’un d’eux au détriment d’un autre. Deux motifs me conduisent à cette position.

Tout d’abord, il faut reconnaître que les termes employés désignent en réalité la même population, invariablement détectée par le QI. La limite entre l’enfant bien doué et l’enfant surdoué elle-même est en fait balayée par la pratique. Ces limites sont en effet assez arbitraires et ne constituent que des repères. Une personne dont le QI est à 129 ressemble ou s’éloigne tout autant d’un autre enfant de 129 que d’un enfant évalué à 131 !

La deuxième raison de mon refus à adopter un terme en excluant les autres est que que l’on rencontre des personnes qui utilisent tel ou tel terme. Aussi ne voudrais-je pas limiter les contacts, et ce, surtout en raison de distinctions qui sont purement artificielles, dans la mesure où elles ne sont pas sous-tendues par des pratiques différentes. Il serait regrettable de se priver d’une pensée pour une raison aussi inconséquente.

Compte tenu de tout cela … je préfère tout simplement le terme qui convient à mon interlocuteur : je m’efforce d’employer celui dans lequel la personne concernée se sent le mieux.

 

Perrine Vandamme

C’est la différence entre les visions européennes et anglo-saxonne. Chacun envie à l’autre ce qu’il n’a pas !

Quant au vocabulaire employé…. c’est gentil « zèbre »… mais même si la référence à l’animal n’est pas inintéressante, ça manque de sérieux pour moi… HPI me semble plus adapté, parce qu’un potentiel, on peut l’optimiser ou non…