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➔ Quels sont les tests disponibles et réellement valides actuellement en France ? Existe-t-il des tests qui ne devraient plus être utilisés, et pour quelles raisons ? 

Arielle Adda

Il existe de nombreux tests chacun s’adressant à une fonction intellectuelle bien précise (dans les recrutements pour des métiers donnés). Le test le plus utilisé dans le monde est le WISC forme adulte WAIS IV actuellement ; c’est d’ailleurs sous la forme du Wechsler-Bellevue destiné aux adultes que le premier a été élaboré ; les tests dit « culture free » sous forme papier crayon sont pratiques pour une première approche, surtout dans le recrutement car on peut les faire passer à un grand nombre de sujets en même temps ou lorsqu’il y a un problème de langage

Je ne suis pas spécialisée dans ce domaine, je ne peu pas répondre avec plus de précision ; il faut s’adresser à des psychologues plus au fait, les cliniciens n’utilisent pas un grand nombre de tests à l’ordinaire. Il faut mettre à part ceux qui détectent une éventuelle détérioration ou une atteinte neurologique.

Clotilde Beylouneh

Il existe en fait beaucoup de tests valides qui sont à même de détecter les hauts potentiels. Cependant, c’est un usage très répandu d’utiliser préférentiellement les échelles de Wechsler. Celles-ci permettent une analyse du profil précise et personnalisée, et elles ont l’avantage d’être modernes et reconnues non seulement par les différents professionnels, mais aussi de manière internationale.

D’autre part, il faut grandement se méfier des tests proposés sans garantie. Un test bon marché est un test qui a été fabriqué sans soin, sa validité n’est donc pas assurée.

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➔ Quels sont les professionnels habilités à faire passer des tests psychométriques, notamment les psychiatres sont-ils de ceux-là? Au sein de la profession, diriez-vous qu’il vaut mieux être spécialisé et avoir étudié plus spécifiquement ce domaine pour avoir une meilleure analyse des résultats ou est-ce un domaine largement abordé lors de la formation initiale ?

Arielle Adda

Seuls les psychologues ont le droit d’utiliser les tests, ils ont reçu une formation spéciales les protocoles sont très rigoureux, ils faut les connaître et savoir les manier ; pour les recevoir le matériel, on doit faire parvenir à la maison d’édition une copie de son diplôme ; je crois que les psychiatres peuvent aussi les recevoir, justement en cas d’atteinte neurologique.

Les tests sont étudiés de façon approfondie, mais il serait préférable que vous demandiez à un jeune diplômé les procédures actuelles.

Perrine Vandamme

Il n’y a aucune formation sur le HPI chez les psychiatres, qui n’apprennent pas les tests et ne sont donc bien sûr pas habilités à les faire passer. On est vraiment à la frontière de la psychiatrie et de la psychologie sur ce sujet, c’est pourquoi tout reste si flou…


Clotilde Beylouneh

Voici ce que dit à ce sujet le manuel de la WAIS IV : « Compte tenu de la complexité de l’administration d’un test, de l’évaluation et du processus diagnostic, la WAIS-IV est réservée à l’usage des psychologues qui maîtrisent parfaitement la pratique de l’administration et de l’interprétation des instruments cliniques standardisés. Ces psychologues doivent également posséder une bonne connaissance et expérience des caractéristiques des personnes qu’ils vont évaluer. ». On ne saurait mieux dire.

C’est l’occasion de préciser que les psychologues possèdent un numéro de référencement ministériel : le numéro ADELI qui est délivré par la DDASS et permet aux usagers de vérifier que le professionnel est bien détenteur du titre de psychologue.

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➔ Dans le cas de la WAIS, le protocole de passation est-il strict ou une certaine liberté est-elle laissée à l’appréciation du professionnel (chronométrage et annonce de celui-ci, choix des sub-tests, etc…) ?

Arielle Adda

On peut proposer toutes les épreuves optionnelles que l’on veut, mais leurs notes ne rentrent pas dans le calcul du QI; toutefois, il est possible de remplacer une épreuve, une seule, par une autre équivalente. Il n’est alors pratiquement pas possible du tout faire passer en une seule séance, le sujet et le psy seront épuisés bien avant.

Clotilde Beylouneh

Ces questions sont également d’une très grande importance.

Les tests doivent être passés dans les mêmes conditions quels que soient les individus ou le type de demande. C’est ce qu’on appelle la standardisation. Et sur ce point, il n’est pas question de transiger. C’est un élément essentiel de la validité du test, puisque les tests ont pour principe de comparer le sujet à une norme. Il faut donc que tous les sujets soient placés dans la même condition. D’autre part, cette nécessité de standardisation découle de l’existence de la marge d’erreurs. Ces erreurs proviennent de deux types de sources :

  1. Des sources interne au sujet : l’enjeu, la dépression, le hasard, le trou de mémoire …

  2. Des sources provenant du psychologue: le chronomètre, la cotation, la relation avec le sujet.

Cela ne peut être évité, mais on peut éviter l’erreur de prétendre qu’il n’y a pas d’erreur ! Alors, c’est pour cela qu’existe un intervalle de confiance : pour éviter l’erreur, on prend en compte l’erreur. Et cette erreur est réduite au maximum : par la standardisation.

Les consignes de passation ne prévoient pas d’annoncer ni commenter la présence du chronomètre et elles engagent à utiliser ce dernier avec discrétion. En pratique, je pense que tous les psychologues l’utilisent au vue du sujet.

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➔ Comment devrait être composé le bilan psychologique idéal pour un diagnostic de haut potentiel intellectuel d’après vous ?

Arielle Adda

 

On peut proposer des épreuves de logique pure pour ceux qui ont des difficultés d’expression ou de verbalisation, mais certains possèdent une logique magnifique dans le raisonnement verbal et sont perdus quand il y a des dessins ou des nombres. C’est pourquoi, un seul type de test est réducteur ;

Je vois des personnes manifestement très douées qui ratent les tests de mensa, l’émotivité n’explique pas tout.

Perrine Vandamme

Test de QI + Rorschach (ou autre test de personnalité) + test de créativité et d’intelligence émotionnelle : pour savoir si l’intelligence est chez le sujet une donnée « ouverte », c’est à dire porteuse d’avancées, qui pourra faire levier, ou si c’est une donnée « fermée », défensive, et alors le levier devra être trouvé dans l’équilibre à atteindre entre cette hyper-intellectualisation et la connexion à l’environnement (tous mes patients HPI dys-synchrones vont faire en parallèle un travail de thérapie à médiation corporelle…). Ils ont développé un outil de ce type dans l’équipe de Tordjman à Rennes, et ils ont l’air d’en être contents.


Clotilde Beylouneh

Evaluation du Q.I. bien sûr, mais aussi de la personnalité et, en fonction des résultats au Q.I., d’autres variables cognitives. Il est également indispensable de prendre le temps des entretiens : entretien préalable, entretien de restitution. La communication des résultats chiffrés, dans un entretien, est aussi nécessaire.

Il faut aussi comprendre qu’il y a une grande complexité dans les mesures, et dans l’interprétation : dans un bilan psychologique, le psychologue travaille comme le ferait un enquêteur sans savoir qui est le coupable : il élimine les hypothèses les une après les autres.

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➔ Un test de QI est-il absolument nécessaire ? Peut-on obtenir un résultat au delà de 130 à la WAIS et ne pas faire partie des personnes à haut potentiel ?

Arielle Adda

Pour les enfants un test de QI est absolument nécessaire ; pour les adultes, certains ont de grandes réticences qui peuvent perturber les résultats (fatigue excessive, dépression, ou simplement conduite aberrante la veille du test pour que les résultats ne soient pas valables) dans ce cas, un entretien approfondi permet de se forger une opinion, mais il est tout de même préférable de savoir si le QI est de l’ordre de 130 ou bien de 155 ce qui n’est pas du tout la même chose et seul le test peut le dire ; il faut rappeler que le chiffre peut fluctuer et que tout n’est pas dans le QI.


Perrine Vandamme

Non, le test n’est pas absolument nécessaire, tout du moins dans ma pratique. Le parcours des gens, surtout quand on fait le point à la quarantaine, est informatif : soit on retrouve un parcours de HPI avec besoin de changement régulier, soit un parcours inverse qui est en décalage avec ce qu’on ressent de l’intelligence du sujet (en gros sujet intelligent avec un parcours «médiocre», et là il faut se demander ce qui a coincé, et comment améliorer les choses). La question du QI se pose en fait chez les HPI en souffrance, pour qu’ils puissent mieux se comprendre. Et comme le test peut être biaisé pour les raisons sus-citées, ce peut être dangereux de trop pousser à faire passer un test… A plus de 130, on est à mon avis HPI, vu que la définition du HP est basée sur le QI. Sans forcément ressembler à ce qu’on voit en France du HPI -aux USA, leur vision est très différente!-. Par contre on peut être HPI avec un test inférieur à 130 mais biaisé.

Clotilde Beylouneh

Non c’est impossible. On ne peut pas faire semblant de réussir. 


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Quelles sont les méthodes de calcul du QIT aux échelles de Weschler ? Il semble en effet qu’il ne s’agisse pas d’une moyenne QIV/QIP.

Arielle Adda

Il s’agit d’une moyenne statistique, le QI global sera plus élevé que la moyenne des autres notes si elles sont toutes élevées, il y a de moins en moins de monde dans ce cas, le chiffre augmente alors davantage ; quand toutes les notes sont dans la moyenne le QI global correspond à peu près à une moyenne arithmétique.

Ici et à ce sujet, nous nous permettons d’ajouter une réponse qui nous a été faite par une autre psychologue sur le forum adulte-surdoue.fr (merci amalia de cette réponse très précise) : 

Le principe des échelles de Weschler ( WISC et WAIS) est une analyse statistique à partir d’un échantillon de référence, ramené à l’âge; par exemple, on compare toujours les résultats obtenus par un sujet aux résultats de centaines de personnes de la même tranche d’age.

Chaque subtest fournit une note brute en fonction du nombre de réponses justes; le maximum est variable en fonction du subtest. Cette note brute est ramenée à un score standard en fonction de l’âge du sujet : par exemple un score brut de 34 à cubes donnera une note standard de 9 pour un enfant de 10 ans et une note de 4 pour un ado de 16 ans. La note standard de chaque subtest est sur 19.

On additionne les notes standards des subtests composant chaque échelle. Exemple : Verbal = note standard de SIM + VOC + COMP ; cela donne une somme des notes standards, transformée en QI en partant du principe qu’on considère la distribution normale des notes standards et qu’on attribue la valeur 100 à la note standard atteinte par le plus grand nombre de personnes (en gros ; courbe de gauss qui a été plusieurs fois décrite): moyenne de 100 et écart type de 15.

Le QIT est obtenu à partir de la somme des notes standards des 4 échelles et standardisé comme précédemment; mais le calcul d’un QIT (représentant une approximation des capacités intellectuelles d’un individu) n’a de sens que si les échelles sont toutes de valeur approchante.


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Par ailleurs, comment évaluer le potentiel réel pour les QI hétérogènes, lorsque l’écart critique entre les deux échelles (verbale et performance) est dépassé (que ce soit pour un profil de type Asperger ou pour un profil dysharmonique classique) ? 

Arielle Adda

Il est préférable de considérer les deux chiffres à part et de chercher à savoir ce qui explique cette différence et s’il est possible de la combler en partie ; les enfants ayant suivi une thérapie appropriée y parviennent du moment qu’ils ont un potentiel  et qu’une dysharmonie qui s’est installée, mais cet écart ne se comble jamais si on ne travaille pas les domaines plus faibles, cela se vérifie auprès des enfants venus passer un test, mais les parents ont ensuite négligé de s’occuper des faiblesses ; pour les adultes, c’est évidemment plus complexe, on cherche, avec eux, et on essaie de voir ce que se passe ; généralement, ils peuvent trouver les raisons de cette dysharmonie.

 

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L’écart de 12 points qui est considéré lorsque l’on ne peut calculer un QIT a-t-il une raison d’être particulière ou cet écart a-t-il été retenu de manière arbitraire au départ ? 

Arielle Adda

Je ne sais pas, l’écart type de cette courbe de Gauss est de 15, je n’en sais pas plus.