Le Pr Revol, chef du service Pyschopathologie de l’Enfant et de l’Adolescent à l’hôpital Pierre Wertheimer de Lyon, nous retrace dans cet article la réalité des particularités cognitives et affectives de l’enfant surdoué au delà des considérations de mode ou des débats de définition. En voici un résumé.

La précocité se définit comme une avance intellectuelle, illustrée par un Quotient Intellectuel (QI) supérieur à 130. Surmédiatisée, elle intrigue, fascine, et participe à l’inflation des demandes de consultations en psychiatrie de l’enfant. Avec une question récurrente : les difficultés de mon enfant sont-elles dues à une éventuelle précocité ? ».

Voici comment le Pr Revol introduit son article, tout en précisant que si des débats de vocabulaire ont lieu, on utilise aussi bien doué, surdoué, précoce ou haut potentiel pour décrire une même réalité dans la pratique.

Scolarité et précocité : l’expression d’un paradoxe entre compétences particulères et inadaptation possible.

Si de nombreux enfants surdoués sont des élèves brillants, un certain nombre, en raison de leurs particularités cognitives mais aussi de réponses inadaptées de l’entourage ou de troubles psychoaffectifs, va présenter des difficultés, et même si l’échec scolaire (sortie du système sans diplôme ni qualification) reste assez rare, un tiers de ces enfants n’atteindra pas le lycée.

Difficultés et particularité des stratégies d’apprentissage :

En lien avec ce profil cognitif particulier on retrouve une augmentation du sommeil paradoxal, une suractivation du cortex préfrontal lors de tâches saturée en facteur g, et une meilleure communication entre hémisphère gauche et hémisphère droit. Ces enfants HP ont préférentiellement un traitement global et simultané de l’information, et font beaucoup appel à leur mémoire épisodique d’où une pensée plus rapide et intuitive, qui peut paradoxalement être source de difficultés comme :

  • l’ennui : l’enfant comprend trop vite et décroche; à la longue on peut observer phobies scolaires, troubles de l’attention, troubles anxieux et instabilité psychomotrice, (tout trouble disparaissant dès le retour au domicile).

  • l’absence de méthode : l’enfant n’a pas besoin de fournir un effort ou de mettre en oeuvre des stratégies/méthodes/réflexions pour trouver la bonne réponse, or dans le secondaire on lui demandera des explications sur sa méthode. Son travail risque d’être déprécié, d’où risque de confrontation et d’échec.

  • l’opposition (naissant souvent en ce qui concerne les tâches répétitives, ou jugées inutiles, et les tâches graphiques, souvent évitées en raison de difficultés particulièrement fréquentes)

    La pédagogie fera alors toute la différence.

Difficultés liées à l’environnement :

L’attitude de certains enseignants peut décourager totalement l’élève HP (refus d’interroger, stigmatisation des points faibles comme l’écriture par exemple) qui va alors entre en rebellion ou tenter de se conformer dans une sorte de suradaptation qui inhibe tout talent particulier. Cette attitude pourra également contaminer toutes les relations sociales hors de l’école, ou être source de conflit sévère entre parents et école, entraînant aggravation des difficultés psychologiques de l’enfant et donc des troubles d’apprentissage.

Difficultés liées aux troubles associés, retards diagnostiques :

Le haut potentiel peut s’associer à des troubles « dys ». La précocité masque alors le trouble et inversement, d’où sentiment d’inadaptation chez l’enfant et incompréhension, qui ne seront apaisées que par un diagnostic des deux facettes de son fonctionnement.

De même, la présence d’un TDAH associé est possible et les difficultés d’apprentissage s’en trouveront aggravées. On peut distinguer le TDAH des troubles liés à l’ennui simple lorsque ses manifestations sont présentes dans toutes les sphères où évolue l’enfant, et grâce au profil psychométrique (réussite aux épreuves de logique et d’abstraction et difficultés aux épreuves mobilisant l’attention). Le recours au traitement médicamenteux peut être nécessaire dans ce cas.

Difficultés liées aux particularités psychologiques et affectives :

En raison des particularités de sa pensée (arborescence, fulgurance), l’enfant est perpétuellement bombardé d’émotions, celles des autres (empathie sur-développée) et les siennes (sensations amplifiées), ce qui entrave son raisonnement (angoisses) et prend la place que devraient occuper les apprentissages (d’autant plus que ceux-ci sont jugés inintéressants). Cette « cascade affective » pourra entraîner des TOC (tentative de rétablissement du côntrôle sur cette pensée en ébullition), ou à la longue, conduire cet enfant au désanchantement et à la lassitude (à quoi bon ?), l’avenir n’apparaissant plus comme motivant.

Le problème de la créativité :

L’école suppose raisonnement, contraintes, et apprentissage de règles. Le fonctionnement demandé est normatif, or l’enfant à haut potentiel est créatif, et plus porté vers une pensée divergente. Au collège il risque donc de se sentir particulièrement étouffé.

Que faire pour ces enfants ?

Tout d’abord les identifier, afin de mieux les prendre en charge, notamment sur leurs points faibles, au niveau médical, paramédical, psychologique et pédagogique.

Proposer des aménagements scolaires en cas de difficulté, tout comme pour les enfants « dys ». Voici les conseils spécifiques que donne le Pr Revol dans cet article :

  • se rappeler que l’enfant : ne répond pas toujours juste, ne dispose pas des mêmes compétences dans toutes les matières, peut présenter un décalage entre ses aptitudes intellectuelles et son développement moteur (gêné en EPS et dans les activités graphiques)

  • se rappeler que le haut potentiel : peut revêtir des formes multiples, vaiables selon les sexes, le milieu…, doit être relu à la lumière de la personnalité et du profil cognitif et affectif, s’accompagne de spécificités cognitives

  • quelques aménagement simples pour l’aider :

    • ne pas pénaliser l’enfant qui a besoin de faire plusieurs choses en même temps

    • autoriser l’utilisation d’un ordinateur pour la restitution des travaux

    • ne pas pénaliser la présentation

    • favoriser les apprentissages qui valorisent la créativité

    • laisser une marge de manoeuvre dans une activité proposée afin qu’il puisse se l’approprier et s’investir dans son travail

    • donner du sens aux apprentissages

    • lui apprendre à décomposer son raisonnement

    • accepter que son rythme ne soit pas celui de la classe

    • ne pas le pénaliser en lui donnant plus de travail mais un travail différent, approfondi

    • ne pas le laisser s’ennuyer

    • utiliser l’humour pour dédramatiser une situation

    • favoriser les échanges parents-enseignants-élève en l’associant au dialogue

    • éviter routines et répétitions

    • proposer des questions ouvertes

    • favoriser la pensée divergente

Pour conclure le Pr Revol souligne que les enfants précoces ont toujours existé et que si un grand nombre va bien, ceux qui présentent des difficultés se font aujourd’hui entendre et attendent simplement le respect de leur différence, notamment à l’école. Un voeu réalisable sans doute….