Dans cet article, Jeanne Siaud-Facchin nous livre des éléments de compréhension pertinents pour comprendre la douance, au delà des mythes véhiculés par les médias. Elle nous éclaire notamment sur les singularités de fonctionnement et de développement des enfants surdoués et sur les difficultés pouvant y être associées, en fonction du contexte dans lequel ils évoluent.

Elle insiste sur le fait que l’enfant surdoué porte en lui :

  • une forme d’intelligence différente, qualitativement différente, et non pas simplement une intelligence quantitativement supérieure, avec une structure de pensée et des procédures de raisonnement particulières qui, notamment au niveau scolaire, peuvent être source de difficultés.

  • une hyperlucidité sur le monde et une pensée toujours en marche, qui fait de lui un observateur très fin, perpétuellement dans l’analyse, avec en outre une hypersensibilité affective, une hyper-réceptivité et une incapacité à « déconnecter » qui peuvent entraîner des angoisses diffuses, constantes, voire envahissantes et violentes.

  • une conscience collective très forte, qui le pousse vers des préoccupations très différentes de celles d’autres enfants de son âge (changer le monde notamment), potentiellement source d’une inquiétude longtemps tue, qui explose violemment à l’adolescence lorsque l’enfant perd ses illusions de toute-puissance et que le principe de réalité vient bousculer ses idéaux. C’est dans ce contexte de réalité qui devient insupportable que peuvent naître des pathologies dépressives s’aggravant parfois jusqu’au geste suicidaire, notamment lorsque cet enfant est déjà fragilisé par d’autres facteurs psycho-affectifs.

Elle nous parle également de l’autre face de la quête de sens, la quête affective, avec un idéal qui, chez cet enfant perpétuellement envahi d’émotions, n’est jamais atteint, et devient vecteur de désillusions douloureuses, avec de surcroît un risque de perte d’identité lié aux mécanismes de défense mis en place (la mise à distance par intellectualisation, fréquemment observée, est très coûteuse en énergie, l’hypervigilance crée une tension constante et en se coupant de ses affects, l’enfant se coupe d’une partie de ce qu’il est).

L’enfant surdoué, pour elle, se heurte donc à une difficile construction de l’identité. Dès la naissance, il est perçu par sa façon d’être comme différent ce qui vient déstabiliser la relation mère/enfant, avec frustration et blessure narcissique chez l’une et sentiment d’incompréhension voire de désamour chez l’autre. Le temps des questionnements incessants venus, c’est l’épuisement qu’il provoque chez son entourage, et, là encore, l’enfant va se sentir profondément incompris voire injustement rejeté, alors qu’il perçoit ses demandes comme légitimes et n’a pas conscience de leur caractère très particulier (il pourra alors avoir tendance à se renfermer sur lui-même, dans une sorte de monde intérieur). Les difficultés se poursuivent pendant la scolarité, pendant laquelle, tant au niveau social qu’au niveau des apprentissages, il se sentira décalé face à ce que lui renverront ses camarades et professeurs. De réelles difficultés scolaires peuvent faire leur apparition, avec la mise en place de mécanismes d’adaptation comme l’inhibition intellectuelle, et le risque de noircir sérieusement le regard que l’enfant porte sur lui-même (et cela d’autant plus que le rejet dont il fait l’objet de la part de ses camarades le plonge dans une grande souffrance). A l’adolescence, cette difficulté à s’intégrer socialement, ce sentiment de solitude inéluctable, vont encore altérer la construction de son identité. Aucun secours n’est attendu de sa part au niveau familial dans cette difficile construction, puisqu’il perçoit très jeune l’imperfection de ses modèles (ses parents), et se met en quête de ses propres repères, avec ses propres ressources, se construisant seul en quelque sorte, et traînant derrière lui les angoisses qui en découlent.

Jeanne Siaud-Facchin souligne que l’intelligence excessive ne préserve pas l’individu de glisser du normal au pathologique. Si la douance, en soi, n’est pas une maladie, elle fragilise la construction identitaire et donc la structure psychique, devenant souvent source de souffrances que personne ne vient plaindre. La survenue de pathologies chez le surdoué conduit souvent à des errances diagnostiques lorsque ses spécificités sont méconnues (manque de formation, barrières idéologiques), car la symptomatologie est alors atypique. Des étiquettes inadéquates et extrêmement délétères pour l’avenir de l’enfant ou de l’adolescent peuvent alors être posées, comme par exemple celle de la schizophrénie. Il est notamment important de connaître les spécificités de la dépression dans ce contexte (dépression du vide) pour un diagnostic et une prise en charge adaptés.

Ainsi, les rouages d’une prise en charge adaptée se basent d’abord sur un diagnostic adéquat. Sans reconnaissance de cette spécificité, l’échec est quasi certain, et il peut se produire une aggravation de l’état psychique. Il est pour Jeanne Siaud-Facchin indispensable d’intégrer à la thérapie cette part de cognition, que l’enfant ou l’adolescent doit se réapproprier et apprivoiser, afin de parvenir à une restauration de l’image de soi. Par ailleurs, le psychologue doit avoir en tête qu’il sera d’abord analysé et « testé » lui-même avant d’obtenir la confiance d’un jeune surdoué, qui n’hésitera pas à le manipuler (pour faire plaisir ou par pur plaisir intellectuel), laissant peu de chances à la thérapie d’aboutir à une amélioration et cela bien qu’il attende réellement une aide et une compréhension sincère de la part d’autrui.

Pour conclure, Jeanne Siaud-Facchin insiste sur le fait que tous les enfants surdoués ne glissent pas vers la pathologie et qu’ils peuvent aussi être heureux. En l’absence d’étude sur la population globale de ces enfants, il est évident que le biais de recrutement (population consultante) existe, mais, pour elle, on peut tout de même dire que le diagnostic précoce est indispensable et permet de réduire les risques d’apparition de pathologies par un accompagnement adéquat. La prise en compte des caractéristiques liées à la douance est donc indispensable dans la clinique psychologique, et il convient d’éliminer les représentations erronées et les mythes liés à l’intelligence, car, si 2% de la population est concernée, on peut parler de réel enjeu de santé publique.

L’article peut être consulté et téléchargé sur le site de Cogito’z : http://www.cogitoz.com/PI.aspx?PLinkId=22&PT=100