D’après http://www.gifteddevelopment.com/What_is_Gifted/learned.htm , avec l’aimable autorisation de Lynda Silverman.

Ce que nous avons appris sur les enfants surdoués
– 30ème anniversaire –
1979/2009

 

Linda Silverman, Ph.D., Directrice du Gifted Development Center

Le Gifted Development Center est en opération depuis Juin 1979 et nous avons testé plus de 5600 enfants durant les 30 dernières années. En nous concentrant totalement sur la population des surdoués, nous avons acquis une quantité considérable de connaissances sur le développement de la douance. En 1994-1995, trois éminents chercheurs ont passé leur stage post-doctoral à nous aider à coder nos données cliniques pour permettre leur analyse statistique: Drs. Frank Falk et Nancy Miller de l’University of Akron, et Dr. Karen Rogers de l’University of St. Thomas. Voici quelques uns des points marquants que nous avons appris:

1. Les parents sont d’excellents identificateurs de la douance de leur enfant: 84% des 1.000 enfants dont les parents ont estimé qu’ils présentaient 3 / 4 des traits caractéristiques de notre échelle de la douance ont été testés supérieurement intelligents ou surdoués. Plus de 95% montraient un surdon dans au moins un domaine mais était asynchrones dans leur développement, et leurs faiblesses ont diminué leur QI total.

2. La douance peut être observée dans les trois premières années par une progression rapide à travers les étapes de développement. Ces étapes devraient faire l’objet d’une documentation et être prises au sérieux comme des preuves de douance.  L’identification précoce d’un développement avancé est aussi essentielle que l’identification précoce des autres caractères exceptionnels. Intervenir tôt favorise un développement optimal de tous les enfants.

3. Quand les parents méconnaissent les talents de leur enfant, les enseignants peuvent également passer au travers. Rita Dickinson (1970) découvrit que la moitié des enfants qu’elle avait testés avec un QI de 132 ou plus présentaient des problèmes comportementaux et n’étaient pas perçus comme surdoués par leurs parents et leurs enseignants. La sensibilisation des parents est essentielle pour la croissance émotionnelle et scolaire des enfants. Le livre de Bobbie Gilman, Directeur associé et gagnant de prix littéraire (2008a), Academic Advocacy for Gifted Children: A Parent’s Complete Guide, peut guider les parents pour soutenir leurs enfants. Challenging Highly Gifted Learners (Gilman, 2008b) est un livre excellent à la fois pour les parents et les enseignants.

4. Les enfants et les adultes peuvent être testés à n’importe quel âge. Cependant, l’âge idéal est entre 5 et 8 ans et demi. A partir de 9 ans, les enfant hautement surdoués peuvent se heurter au plafond des tests et les fillettes surdouées peuvent avoir appris à masquer leurs capacités pour s’intégrer. A moins d’être absolument certaines qu’elles ont raison, les filles surdouées sont souvent réticentes à deviner les réponses ce qui réduit leur QI.

5. Les frères et sœurs ont en général à 5 ou 10 points près le même score dans le domaine mesuré. Le QI des parents est souvent à 10 points de celui de leurs enfants; même le QI des grand-parents peut être dans les 10 points de celui des petits-enfants. Nous avons étudié 148 familles et nous avons trouvé que 1/3 d’entre eux étaient à moins de 5 points de QI, plus de 3/5 étaient à 10 points et presque les 3/4 étaient à moins de 13 points. Quand un enfant de la famille est identifié comme surdoué, il y a de grandes chances que tous les membres de la famille soient surdoués.

6. Les cadets sont moins souvent reconnus surdoués que les aînés ou les enfants uniques. Ils prennent souvent la direction opposée du membre de la famille le plus âgé et ont moins de chances d’être axé sur le succès. Même le premier-né de vrais jumeaux a plus de chances d’être accepté dans un programme pour surdoués que le deuxième!

7. Les tests de QI dans l’enfance démontrent clairement l’égalité de l’intelligence entre les hommes et les femmes. Avant que les tests de QI ne soient développés, la plupart des sociétés croyaient en « la supériorité naturelle de l’homme ».  Même maintenant, le fait que la plupart des leaders soient des hommes conduit certains à penser que les hommes sont de façon innée plus intelligents que les femmes. Au contraire, nous avons trouvé plus de 100 filles avec un QI supérieur à 180. Le QI le plus élevé atteint dans notre centre est celui d’une fille, et 4 des 5 plus gros scores appartiennent à des filles. Cependant les parents sont plus susceptibles d’amener leurs fils pour un bilan et d’ignorer leurs filles, et cette injustice a l’air d’empirer. De 1979 à 1989, 57% des enfants amenés pour un bilan étaient de sexe masculin, et 43% étaient de sexe féminin, alors que 51% au dessus de 160 de QI étaient de sexe masculin et 49% de sexe féminin (voir graphique). En 2008, 68% des enfants amenés pour les tests étaient des garçons et seulement 32% des filles, tandis que la proportion dans les plus hauts résultats de QI était de 60% de garçons et 40% de filles.

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8. Les garçons et les filles surdoués n’ont pas les mêmes mécanismes d’adaptation et sont susceptibles de rencontrer des problèmes différents. Les filles surdouées cachent leurs capacités et apprennent à se fondre au milieu des autres enfants. A l’école primaire, elles dirigent leurs énergies mentales à développer leurs relations sociales; au collège, elles sont valorisées pour leur apparence et leur sociabilité plutôt que pour leur intelligence. Les garçons surdoués sont plus faciles à repérer, mais ils sont souvent considérés comme « immatures » et peuvent être rejetés à l’école s’ils ne parviennent pas à s’intégrer avec les enfants de leur âge avec qui ils n’ont aucun centre d’intérêt commun.

9. Les enfants surdoués sont asynchrones. Leur développement tend à être inégal, et ils se sentent souvent décalés parmi leurs congénères et avec les attentes de l’école basées sur l’âge. Ils sont très vifs émotionnellement parlant et ont une plus grande conscience des dangers de la vie. Ils peuvent ne pas avoir les ressources émotionnelles à la hauteur de leurs capacités cognitives. Ils risquent de mauvais traitements dans un environnement qui ne respecte pas leurs différences.

10. Cette asynchronie se voit souvent à travers de gros écarts entre les scores aux subtests de la quatrième édition du Wechsler Intelligence Scale for Children (WISC-IV). Dans ce cas, le QI Total ne devrait pas être utilisé pour sélectionner les étudiants surdoués pour des programmes spéciaux. A la place, le General Ability Index (GAI – Index d’Aptitude Générale), qui fait abstraction la mémoire de travail et la vitesse de traitement, donne une meilleure estimation de la capacité de raisonnement de l’enfant. Le GAI a été approuvé par la National Association for Gifted Children: http://www.nagc.org/index.aspx?id=375. Des normes étendues sont disponibles pour le WISC-IV: http://www.pearsonassessments.com/NR/rdonlyres/C1C19227-BC79-46D9-B43C-8E4A114F7E1F/0/WISCIV_TechReport_7.pdf

11. La cinquième édition du Stanford-Binet Intelligence Scale (SB5) mesure mieux les capacités mathématiques et visuo-spatiales que les capacités de raisonnement verbal abstraites. Quand le SB5 est utilisé pour sélectionner les étudiants surdoués, la barre d’admission devrait être abaissée à un QI de 120. Plusieurs options de notations sont disponibles pour les enfants surdoués, dont la notation Rasch-ratio (Note du traducteur: utilisant le logarythme).  L’éditeur a autorisé la passation de l’ancienne version du Stanford-Binet (Form L-M) pour tester les capacités verbales abstraites, particulièrement chez les enfants exceptionnellement surdoués, et recommandé qu’il soit passé en parallèle avec le SB5 pour que les diverses notes puissent être comparées (Carson & Roid, 2004).

12. Les enfants imaginatifs, les enfants culturellement multiculturels, les enfants doués en mathématiques, les enfants avec des déficits d’attention, les enfants hautement surdoués, les enfants avec des problèmes d’apprentissage, et les enfants en difficulté sont souvent des apprenants visuo-spaciaux qui nécessitent des méthodes d’apprentissage différentes. Les apprenants visuo-spatiaux pensent en général en image et se fient au « sentiment » ou à la sensation, quand les apprenants audio-séquentiels pensent généralement en mots. Les stratégies d’éducation habituelles sont en meilleure adéquation avec les apprenants audio-séquentiels qu’avec les visuo-spatiaux. Nous avons développé des méthodes pour identifier ce modèle d’apprentissage et des stratégies efficaces pour enseigner aux visuo-spatiaux (Silverman, 2002). Notre Visual-Spatial Identifier peut être utilisé avec des classes ou des districts scolaires entiers aussi bien qu’avec des individus. Veuillez visiter notre site www.VisualSpatial.org pour des informations gratuites sur les moyens d’enseigner aux apprenants visuo-spatiaux.

13. Les enfants surdoués ont une meilleure adaptation sociale dans des classes avec des enfants comme eux. Plus l’enfant est brillant, plus son estime de lui-même sociale est susceptible d’être basse dans une classe normale. L’estime de soi sociale est améliorée quand on place les enfants avec de vrais pairs dans des classes spéciales.

14. Le perfectionnisme, la sensibilité et la vivacité sont trois traits de la personnalité associés à la douance. Ils viennent de la complexité du développement cognitif et émotionnel. D’après la théorie de Dabrowski, ces traits – en lien avec la surexcitabilité – sont l’indicateur d’un potentiel pour de hautes valeurs morales dans la vie adulte. Plus l’enfant est brillant,  plus son intérêt pour les problèmes d’ordre moral peut être précoce et profond. Mais ce potentiel ne se développe généralement pas dans le vide. Il a besoin d’être développé par un environnement favorable.

15. Environ 60% des enfants surdoués sont introvertis à comparer aux 30% de la population générale. Approximativement 75% des enfants hautement surdoués sont introvertis.  L’introversion est corrélée avec l’introspection, la réflexion,  la capacité à inhiber l’agressivité,  une profonde sensibilité, un développement moral, une grande réussite scolaire, des contributions de haut niveau, le rôle de chef de file dans les champs académiques et esthétiques dans la vie adulte, et un meilleur passage à travers la quarantaine; toutefois, il est fort probable qu’ils soient incompris et « corrigés » par des adultes pensant bien faire.

16. Les enfants moyennement, modérément, exceptionnellement et profondément en avance sont aussi différents les uns des autres que les enfants moyennement, modérément, sévèrement et profondément retardés le sont aussi, mais les différences entre les niveaux de douance sont rarement reconnus.

17. Il y a beaucoup plus d’enfants exceptionnellement surdoués dans la population qu’on ne le pense. Environ 18% des plus de 5600 enfants que nous avons testé pendant ces 30 dernières années sont exceptionnellement surdoués, avec des QI au-dessus de 160. Au1er janvier 2009, nous avons trouvé au moins 988 au dessus de 160 de QI, dont 281 au-dessus de 180 et 87 au-dessus de 200. Nous avons entré une avalanche de données sur 241 de ces enfants – le plus grand échantillon à ce niveau de QI jamais étudié (Rogers & Silverman, 1997). Seulement deux études complètes ont été jusqu’ici publiées sur des enfants à ce niveau. Leta Hollingworth (1942) a trouvé 12 enfants de plus de 180  de QI entre 1916 et 1939 et Miraca Gross (1993; 2004) a étudié 60 enfants australiens avec un QI supérieur à 160.

18. Beaucoup de cas de sous-réalisation sont dues à des otites chroniques précoces (9 ou plus dans les trois premières années) , avec des effets résiduels de déficits des processus auditoires séquentiels et de problèmes d’attention. L’orthographe, l’arithmétique, l’écriture manuscrite, la mémorisation par cœur, l’attention et la motivation pour le travail écrit sont tous typiquement affectés.

19. Les enfants surdoués peuvent avoir des problèmes d’apprentissage cachés. Approximativement un sixième des enfants surdoués qui sont venus au centre pour un bilan ont un certain déficit d’apprentissage – souvent non-détecté avant le test – comme des troubles du processus auditif central (CAPD), des difficultés avec les processus visuels, des troubles des processus sensitifs,  de la désorientation spatiale, de la dyslexie, des troubles de l’attention. La douance masque des handicaps et ces handicaps abaissent le score de QI. Un raisonnement abstrait supérieur permet à ces enfants de compenser à un certain niveau ces faiblesses, les rendant plus difficiles à détecter. Néanmoins, la compensation nécessite de l’énergie, affecte la motivation et s’effondre sous le stress quand l’enfant est fatigué.

20. Les enfants surdoués/avec un handicap d’apprentissage et les apprenants visuo-spatiaux ont généralement au moins un parent avec les mêmes schémas d’apprentissage. Les apprenants visuo-spatiaux et les enfants deux fois exceptionnels tendent à devenir plus intelligents avec l’âge et deviennent souvent des adultes qui réussissent.

21. Un passif de mise au monde difficile,  comme un long travail, une tête trop grosse pour le canal génital, quatre heures ou plus de Pitocine pour déclencher le travail, une césarienne en urgence, le cordon ombilical enroulé autour de n’importe quelle partie du corps du nourrisson et de l’oxygène à la naissance, peuvent conduire à des troubles des processus sensoriels (SPD). Les parents, les enseignants et les pédiatres devraient être conscients que la période critique pour améliorer les troubles sensoriels et moteurs se trouve de la naissance à sept ans. Quand des faiblesses motrices graves ou légères sont détectées, une ergothérapie pédiatrique doit être envisagée immédiatement, plutôt que d’attendre que l’enfant ne  le dépasse.

22. La douance n’est pas élitiste. Elle touche toutes les catégories socio-économiques, ethniques et nationales (Dickinson, 1970). Dans chaque culture, il y a des enfants avec un développement plus avancé, qui ont un raisonnement abstrait supérieur et qui se développent  à un rythme plus rapide que les camarades de leur âge. Bien que le pourcentage d’enfants surdoués parmi les classes supérieures puissent être plus important, il y a un nombre bien plus grand d’enfants surdoués venant des basses classes, parce que les pauvres sont bien  plus nombreux que les riches (Zigler & Farber, 1985).  Donc, quand des dispositions  sont refusées aux surdoués sur la base qu’elles sont « élitistes », ce sont les pauvres qui en souffrent le plus. Les riches ont d’autres possibilités.

23. Plus les programmes pour surdoués cherchent à être égalitaires, moins ils sont défendables. Les enfants dans les 3% supérieurs et inférieurs de la population ont des schémas de développement atypique et demandent une instruction différenciée.  Les enfants dans les 10% supérieurs et inférieurs de la population ne sont pas statistiquement différents dans leur développement de ceux qui se situent dans les 15% supérieurs et inférieurs et rien ne justifie de les singulariser par un traitement spécial. De plus en plus d’académies scolaires prennent conscience de cela dans ce nouveau millénaire et fournissent une gamme de services pour ceux qui en ont le plus besoin. Autonomie, programmes multi-âges pour surdoués et accélération radicale sont en train de gagner en popularité.

Références

Carson, D. & Roid, G.  (2004).  Acceptable use of the Stanford-Binet Form L-M:  Guidelines for the professional use of the Stanford-Binet Intelligence Scale, Third Edition (Form L-M). Itasca, IL:  Riverside Publishing.

Dickinson, R. M.  (1970).  Caring for the gifted.  North Quincy, MA:  Christopher.

Gilman, B. J.  (2008a). Academic advocacy for gifted children:  A parent’s complete guide. (Formerly Empowering gifted minds:  Educational advocacy that works.).  Scottsdale, AZ:  Great Potential Press.

Gilman, B. J.  (2008b).  Challenging highly gifted learners. Waco, TX:  Prufrock Press.

Gross, U.M. (2004). Exceptionally gifted children. (2nd Ed.). London: Routledge Falmer. [First edition, 1993]

Hollingworth, L. S.  (1942).  Children above 180 IQ Stanford-Binet:  Origin and development. Yonkers-on-Hudson, NY:  World Book.

Rogers, K. B., & Silverman, L. K.  (1997, November 7).  Personal, medical, social and psychological factors in 160+ IQ children.  National Association for Gifted Children 44th Annual Convention, Little Rock, AK. [Summary of data available on-line at www.gifteddevelopment.com.]

Silverman, L. K.  (2002).  Upside-Down Brilliance:  The Visual-Spatial Learner. Denver:  DeLeon.
Zigler, E., & Farber, E. A.  (1985).  Commonalities between the intellectual extremes:  Giftedness and mental retardation.  In F. D. Horowitz & M. O’Brien (Eds.), The gifted and the talented:  Developmental perspectives (pp. 387-408).  Washington, DC:  American Psychological Association.